Intelligence artificielle ce que révèle le rapport de la Banque mondiale
Alors que le débat autour de l’intelligence artificielle se concentre souvent sur les grandes économies et leurs entreprises technologiques, un rapport publié début août 2026 par le Groupe de la Banque mondiale déplace le regard vers les pays en développement. Selon ce document, intitulé La promesse de l’intelligence artificielle et présenté comme la première évaluation exhaustive du sujet à cette échelle, l’intelligence artificielle pourrait permettre à ces économies d’accomplir en une décennie des progrès qui auraient autrement demandé un siècle. Cette perspective s’accompagne toutefois d’une condition claire : agir rapidement pour combler des lacunes structurelles qui, faute d’être traitées, risqueraient au contraire de creuser les écarts existants.
Un potentiel de transformation présenté comme inédit
Le rapport part d’un constat préoccupant : les économies en développement traversent actuellement l’une des périodes de croissance les plus faibles observées depuis plusieurs décennies. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle est présentée comme une occasion rare de sortir de cette dynamique, à condition que les bases nécessaires à son adoption soient posées à temps. Les auteurs du rapport insistent sur le fait que l’intelligence artificielle se diffuse plus rapidement que les grandes technologies qui l’ont précédée, comme l’électricité ou l’internet, ce qui réduit la marge de manœuvre pour s’organiser correctement.
Des emplois moins exposés à l'automatisation que dans les pays riches
L’un des enseignements les plus marquants du rapport concerne l’exposition au risque d’automatisation. Selon les données présentées, les emplois des pays à revenu élevé sont plus de trois fois plus exposés au risque d’automatisation par l’intelligence artificielle générative que ceux des pays à revenu faible et intermédiaire : 14,2 % des emplois concernés dans les pays riches, contre seulement 4,5 % dans les économies en développement. Cette différence s’explique en grande partie par la structure de l’emploi dans ces pays, où les tâches manuelles, relationnelles et peu standardisées restent largement majoritaires.
Un potentiel de gains de productivité presque comparable à celui des pays riches
Ce constat s’accompagne d’un second chiffre tout aussi significatif : 16,2 % des emplois dans les économies en développement pourraient enregistrer d’importants gains de productivité grâce à l’intelligence artificielle, un niveau proche des 18,7 % attendus dans les pays à revenu élevé. Autrement dit, le rapport souligne que le potentiel de l’intelligence artificielle dans ces économies ne réside pas prioritairement dans le remplacement des travailleurs, mais dans l’augmentation de leurs capacités, notamment dans des secteurs comme la santé, l’agriculture, l’éducation ou la justice.
Les conditions nécessaires pour que cette promesse se réalise
Le rapport ne présente pas l’intelligence artificielle comme un levier automatique, mais comme une opportunité conditionnée à des investissements préalables. Quatre lacunes structurelles sont identifiées comme prioritaires : l’accès à l’électricité, la connectivité numérique, le développement des compétences et la qualité des institutions. Sans progrès sur ces quatre fronts, la capacité des pays en développement à tirer parti de l’intelligence artificielle resterait largement théorique.
Une stratégie en trois étapes plutôt qu'une course à la puissance de calcul
Plutôt que de recommander aux pays en développement de chercher à reproduire les modèles d’intelligence artificielle les plus avancés, la Banque mondiale propose une approche progressive en trois temps : adopter rapidement les outils déjà disponibles, les adapter aux réalités et besoins locaux, puis, avec le temps, se rapprocher progressivement des modèles les plus performants. Cette approche graduelle vise à éviter des investissements coûteux et prématurés dans des infrastructures que ces économies ne seraient pas encore en mesure d’exploiter pleinement.
L'importance des outils légers et adaptés au contexte local
Un point notable du rapport porte sur le type d’outils réellement utile à ces économies. Plutôt que de dépendre de grands modèles nécessitant d’importantes capacités de calcul, les pays en développement peuvent tirer un bénéfice concret d’outils d’intelligence artificielle plus légers et moins coûteux, adaptés aux réalités locales. Cette approche permettrait de rendre des services de meilleure qualité accessibles à un plus grand nombre de personnes, dans des domaines aussi variés que les soins médicaux de base, la vulgarisation agricole ou l’accès à la justice.
Conclusion
Le Rapport sur le développement dans le monde 2026 rappelle que l’intelligence artificielle n’est pas une technologie qui profite uniquement aux économies déjà les plus avancées. Pour les pays en développement, elle représente potentiellement un raccourci vers des progrès qui auraient autrement pris des générations, à condition que les fondations nécessaires soient posées sans attendre. Ce constat invite à déplacer une partie du débat public sur l’intelligence artificielle, trop souvent centré sur les grandes puissances technologiques, vers une question tout aussi déterminante : quels pays sauront transformer cette fenêtre d’opportunité en avantage durable, et lesquels risquent, faute d’anticipation, de rester à l’écart de cette transformation.
